Les Broqueville de Belgique issus de la bastide de Monfort en France

Suite à l’écriture de l’article « Deux mères pour un fils ? » qui est paru dans ce blog, j’ai fait une très belle découverte dans les Archives départementales du Gers sis à Auch. Depuis le déménagement des archives et leur informatisation, j’ai eu l’occasion de trouver de nouvelles sources sur notre famille. Ci-dessous, vous allez pouvoir découvrir l’intérieur de la maison de Louis de Broqueville, sieur d’Endardé qui a épousé Marie de Solaville. Cet intérieur n’est décrit qu’à travers la sécheresse d’une estimation des biens dudit Louis qui a été réalisé par deux experts de Monfort et de Bajonette pour la Justice royale de Mauvezin, à la demande de trois de ses enfants encore en vie, Alexis, Bernard et Françoise. (document original en pdf – 42,2 Mb + traduction) Vu la complexité de cet héritage, les enfants se sont retrouvés en deux « clans ».  Ainsi Jean Bernier, bourgeois, habitant à Bajonette est l’expert choisi par Alexis, Bernard et Françoise tandis que Dominique Deluc, habitant de Monfort est choisi par Jean-Baptiste, l’aîné. Les deux experts sont nommés et appointés par le juge royal de Fezensaguet. Mais revenons un instant à la généalogie d’autant que dans l’estimation des biens de Louis, des informations très précieuses et nouvelles viennent enrichir cette dernière. Louis de Broqueville, sieur d’Endardé (vers 1660 – 24 février 1745) x (1687) Marie de Solaville (+ après 1745). Louis est fils de Jean (1630-1705) et de Brigitte de Cotignon (1627-1697). (1) Louis et Marie de Solaville ont eu au total 13 enfants dont seulement six sont encore vivants au moment du décès du père. Il s’agit de : – Jean-Baptiste (1689-1745) x (1749) Jeanne-Marguerite de Fraissé (+ après 1781), dont notre postérité. – Bernard (1690-1780) x Marguerite Libertate de Vernhes (+1767), dont postérité. – Jeanne (1692-1755) sans postérité connue. – Alexis (1694-1766) x Ne dont postérité. – Françoise (1700-1784) x Jean-François Dabrin (+1770), dont postérité. – Marie-Anne (1704-après 1771), sans postérité connue. Nous ne connaissons pas les dates de décès pour Catherine (1697), Louis (1698), Joseph (1701), Isabeau (1703) mais, et il en va de même pour Jeanne et Anne-Françoise, nous ne voyons pas apparaître leur nom dans la liste de ceux qui héritent de leur père Louis. Ont-ils fait souche ailleurs qu’à Monfort ? Sont-ils dans l’incapacité de recevoir un héritage (handicap ?) Nul ne le sait. Le texte de la Justice Royale de Mauvezin nous fait découvrir quelques nouveautés : – Louis a fait un testament le 1er mai 1742 (non retrouvé à ce jour) – Son père Jean a fait un testament le 12 octobre 1705, deux mois avant son décès. Ce testament a une influence importante sur le partage entre les enfants de Louis car certains biens sont hérités en fidéicommis. (2) – Sa mère est bien Brigitte de Cotignon. – On découvre qu’Alexis est marié et a quatre enfants en 1745. (3) La maison dont l’intérieur est décrit est celle qui se trouve dans la bastide de Monfort, sans toutefois déterminer le lieu exact, mais on sait qu’elle possède un jardin, une grange et une écurie : – Premièrement, deux lits complets garnis de couette, coussin, matelas, paillasse contrepointe blanchepiquée (4), rideaux l’un bleu l’autre jaune de raze (5) tous estimé  93 livres. (6)

lit-rideau

– Plus deux lits de servantes l’un sans rideaux, l’autre aux rideaux de toile rayé garnis les deux couettes la contrepointe fort usée estimé 45 livres. – Plus un petit lit a (illisible) avec couette coussin matelas rideau bleu fort usé estimé 15 livres. – Plus 12 chaises à La Dauphine (7) une chaise de commodité garnie d’une étoffe bleue deux tabourets garnies de toiles estimé 31 livres.

Version moderne de la chaise à la dauphine

– Plus quatre douzaine (illisible) fines usées, 7 nappe usées estimé 41 livres 10 sols. – Plus trois paires de draps fins demi usée estimé 24 livres. – Plus trois paires de draps despaumette (8) demi usé estimé 13 livres 10 sols. – Plus cinq paires de draps fil de taupe (9) demis usées estimé 15 livres. – Plus 12 touailles (10) bon en fil de taupe demi usé estimé 3 livres – Plus 20 serviettes poil despaumette demi usées estimée 8 livres 10 sols. – Plus 5 plats 4 assiettes creuses peintées (11); 16 assiettes le tous d’étain que nous estimons 24 livres. – Plus un vieux chaudron, un seau, une tourtière (12), un poêlon, une bassinoire, une poêle à frire, le tout estimé 13 livres – Plus une paire de fer à repasser le linge estimé à 3 livres – Plus une paire de chandelier de laiton mouillhete et porte mouchette estimé tous 4 livres – Plus deux paires de chenets l’un garni de laiton estimé 8 livres – Plus deux pailles à feu, une paire de pincette, un panneau de feu, une barre de fer, le tout estimé 3 livres – Plus une grille de cuisine, deux broches estimées le tout 3 livres 5 sols – Plus une armoires à deux corps ferré à la clé estimés 28 livres – Plus une vieille armoire à deux ouvrants estimé à 6 livres – Plus deux mauvais coffres estimés 7 livres

Coffre français de la fin du XVIIe siècle

– Plus une vieille vasque a tenir 8 à 9 ?? de grain estimé 7 livres – Plus une table pour l’usage de manger estimée 20 livres. – Plus une buche, une hache, un bequat (13), un râteau, une pique, un hausset (14), une trinque rompue en deux endroits estimé le tout 7 livres. – Plus 9 vieilles chaises à bras, quatre de paille, un vieux coffre couvert de deux gerbisses de paille le tous très mauvais estimé valoir 8 livres.

Chaise à bras en paille

Chaise à bras en paille

– Plus trois mats à pétrir le pain estimé 12 livres – Plus deux cuviers pour la lessive estimée 4 livres – Plus deux cuves à cuver la vendange estimés 26 livres (15) – Plus un tonneau, un fouloir estimé le tout 22 livres. – Plus 21 barriques estimées 117 livres – Plus 18 Comportes estimé 11 livres – Plus un entonnoir estimé 20 sols – Plus une mesure estimé 30 sols – Plus une vielle caisse à tenir l’avoine pour l’écurie estimé 4 livres Dès le moment où j’ai découvert les couleurs de cet intérieur, tout de suite, j’ai découvert que nos ancêtres ne vivaient pas dans du gris. Des rideaux bleu et jaune, ou rayé, en fil de taupe sont autant de petits indicateurs qui montrent un intérieur qui nous semblait flou dans nos imaginations. Visiblement Louis avait peu de meubles. Évidemment quand l’expert parle de vieilles armoires ou de vieilles chaises à bras, on peut imaginer que ces meubles ne datent pas forcément du présent règne de Louis XV (1710-1774), mais peut-être de celui de Louis XIV voire même Louis XIII. Par la description du mobilier, on peut se rendre compte que les Broqueville, bien que propriétaire terrien, devait probablement être des viticulteurs ou des agriculteurs vivant de la vente de leurs productions dans les métairies de Millas ou d’Endardé ou encore de son pigeonnier situé sous les murs de Monfort. Ils sont plus des propriétaires terriens que des possesseurs de belles demeures aménagées dans le goût du XVIIIe siècle que l’on peut voir à la cour de Louis XV. La totalité des meubles et objets sont estimés à 1056 livres. Les enfants vivants de Louis vont hériter de l’ensemble des terres réparties comme suit : – En premier lieu sur la valeur de l’estimation des meubles et effets faite ci-dessus à 1056 livres et 10 sols. – En second lieu la valeur de la métairie d’Endardé et dépendance qui en gros formant l’estimation (illisible) à la somme de 11.000 livres. – En troisième lieu, la valeur de l’enclos pigeonnier la bâtisse que le faisant notre estimation la somme de 2600 livres. – En quatrième lieu suit la valeur de la métairie de Millas comprend 3 concades qui sont démembrés de la métairie de Gardebois fixant la somme de 2700 livres – En cinquième lieu, la valeur de la maison, écurie, grange et jardin qui sont dans la ville de Monfort qui donne l’estimation de 1500 livres. – En sixième lieu, nous disons que le patrimoine doit être composé encore de 3 concades qui sont à Millas dont on a apporté qu’ils ont été démembré de la métairie de Gardebois par la raison de cette concade et demi appartient au sieur Broqueville curé pour partie de son titre clérical, ce que (illisible) Dominique cédé à Louis cette concade et demi soit entré dans le patrimoine dudit Louis ne dépendant point du fideicommis, je porte la valeur de la concade et demi à l’estimation faite par dessus à la somme de 216 livres. La totalité de la valeur des terres et métairies de l’époque s’élève à  19.072 livres et 10 sols dont il faut distraire 6.512 livres 4 sols et 6 deniers qui représentent la totalité des dettes (16).

Batiment actuel de la métairie d'Endardé

Batiment actuel de la métairie d’Endardé

Les quatre héritiers ne recevront évidemment pas cette somme car il faut y retirer les dettes et rajouter les créances. De même, il faut respecter le fideicommis inscrit dans le testament de Jean qui donne en héritage une série de terres au fils aîné de Louis, Jean-Baptiste dont nous descendons. Les enfants ont tous reçu, de manière égale, la somme de 1546 livres 13 sols et 9 deniers. L’épouse hérite de 500 livres. C’est du reste à cet endroit du texte que l’on découvre Alexis avec quatre enfants. (17) La totalité des créances se monte à 6.758 livres 18 sols 3 deniers. (18) Il reste donc environ 6.000 livres dont les experts vont chercher dans les biens déjà partagés des uns et des autres. Je vous épargne le difficile calcul ainsi que celui qui respecte le fideicommis dont la somme totale représente 7.257 livres.

Géry de Broqueville

(1)  Preuves de sa naissance vers 1660 dans le texte intitulé « Deux mères pour un fils ? »
(2)  Fideicommis : Étymol. et Hist. XIIIe s. « legs fait à quelqu’un sous la condition tacite de le remettre à un autre » (Digestes, ms. Montpellier H 47, fo 230d ds Gdf. Compl.). Empr. au lat. impérial fidei commissum, part. passé subst. neutre de fidei committere « confier par fidéicommis » [proprement « remettre à la bonne foi (de quelqu’un) ».
(3)  Dans les deux textes concernant la généalogie Broqueville (André de Broqueville et Ludovic Mazeret), Alexis n’est pas marié et n’a pas d’enfants.
(4)  Paillasse contrepointe blanchepiquée : C’est une paillasse recouverte d’un drap avec dessin en pointe contrepointe de couleur blanche fermée par une couture de fil blanc. Le mot courtepointe donne même le nom à un métier : la courtepointière (La courtepointière est indissociable du tapissier. Elle coud les rideaux que pose le tapissier, elle confectionne les coussins de bergères que le tapissier restaure, elle pique le couvre-lit de l’aménagement d’un intérieur.)
(5)  Raze : sorte de velours à poil ras.
(6)  Le lit devait très probablement être en niche ou en alcôve composée de l’encadrement de l’alcôve, pente extérieure de l’alcôve, pente extérieure du ciel, ciel de lit, garniture intérieure face à l’alcôve, dossier, traversin, courtepointe, pente de la courtepointe. (Voir gravure du XVIIIe siècle selon l’encyclopédie de Didérot et d’Alembert)
(7)  Chaise à la Dauphine est une chaise pliante à piètement en X et à dossier bas. (voir photo reproduction moderne)
(8)  Drap despaumette : type de tissu non identifié.
(9)  Draps de fil de taupe : sorte de fil tissé qui forme un drap solide.
(10) Touaille : C’est un essuie-main ou linge de maison pour la toilette du corps.
(11) Assiettes creuses peintées : serait-ce de la faïence ? Si c’est cela, c’est une preuve de l’augmentation de richesse de Louis.
(12) Tourtière : ustensile de cuisine pour faire des tourtes. Une tourte est une sorte de pâté de viande.
(13) Béquat : mot non identifié
(14) Hausset : mot non identifié
(15) Je ne présente pas ici le matériel vinaire. Cela fera l’objet d’un prochain article qui permettra de mieux comprendre quelle était la qualité des vins produits par nos ancêtres.
(16) Parmi les dettes, on retrouve le montant de la dot de l’épouse Marie de Solaville (3.700 livres) qui a été fixé dans le contrat de mariage en 1687. On y trouve aussi une somme représentant un bien en fideicommis que Louis a vendu de son vivant pour une valeur de 925 livres et qui représente une forge, les outils, la bâtisse, jardin et dépendance.
(17) « À raison de quoi Alexis eu égard au nombre de 4 enfants légitime sur le patrimoine de Louis Broqueville son père reçoit 1546 livres 3 sols et 9 deniers. »
(18) Il s’agit parfois de créances entre les enfants même comme « Plus 1200 livres qu’il a payé au sieur Bernard Broqueville suivant la déclaration du sieur Louis en déduction des droits attestés du sieur Bernard. Plus 200 livres qu’il a prêté à la Françoise suivant la même déclaration du sieur Louis Broqueville son père ».

 

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