Les Broqueville de Belgique issus de la bastide de Monfort en France
Les armoiries Broqueville selon Montlezun.

Les armoiries Broqueville selon Montlezun.

Ma grand-mère est née Cressac (1). J’ai toujours été épaté de voir que cette famille qui semble puiser ses origines dans le Moyen-âge avait pu changer autant de fois ses armoiries ou tout au moins les adapter à leur environnement. En 900 ans d’existence, il n’y a pas moins de 16 représentations d’armoiries (2). Pour la famille Broqueville, le résultat est nettement inférieur puisque nous pouvons nous targuer d’en avoir que quatre sortes avec parfois quelques nuances. C’est ce que nous allons voir ici.

Dans le supplément de la magistrale histoire de la Gascogne de J.J. Monlezun (3) on peut trouver la description des armoiries primitives des Broqueville : « d’azur au bouton d’or, cantonné en chef d’une étoile d’argent« . Ce qui est étonnant dans ce livre, c’est que Monlezun décrit une autre armoiries comme suit  » d’azur à la croix d’or, accompagné en chef d’une rose de même« . Il définit ainsi deux branches : Les Broqueville et les Broqueville de Monfort et de Mauvezin. Cette dernière semblerait donc être une branche cadette. Les armoiries de ces deux familles sont inscrites dans l’armorial de la Gascogne. (4)

Armoiries des Cotignon

Armoiries des Cotignon

Bien que l’on ait pas de trace des armoiries primitives Broqueville dans les papiers de famille ou encore dans les papiers archivés à Monfort ou aux Archives départementales du Gers à Auch, il semblerait que la famille Broqueville ait changé une première fois d’armoiries au XVIIe siècle, puisque Jean II Broqueville-Endardé (1630-1705) semblerait porter les armoiries de sa seconde femme, Brigitte de Cotignon (+1697), selon André de Broqueville dans son étude de la famille Broqueville datée de 1930. Nous ne connaissons pas les raisons de ce changement d’autant plus que la famille Cotignon est subsistante. Mais vu les moyens réduits de communication de l’époque Brigitte pensait

Assiette en Sarreguemine des Cotignon

Assiette en Sarreguemine des Cotignon

peut-être qu’elle était la dernière de sa branche ou de sa famille. Ces armoiries se décrivent ainsi : « D’azur, au sautoir d’or accompagné en chef d’une molette d’or« .

Les armoiries des Cotignon ont été retrouvées sur un service en Sarreguemine chez des cousins (5). Cette même description se trouve dans les annales historiques (6) qui datent de 1890 pour décrire les armoiries Broqueville. (voir ci-dessous)

Mais nous avons découvert un autre document qui nous donne une description légèrement différente : « D’azur au sautoir d’argent, accompagné en chef

Les armoiries des Broqueville français de 1857 « D’azur au sautoir d’argent, accompagné en chef d’une molette d’or »

Les armoiries des Broqueville français de 1857 « D’azur au sautoir d’argent, accompagné en chef d’une molette d’or »

d’une molette d’or ». Ce document a été publié à Paris par l’imprimeur d’Aubusson et Kugelmane avec les armoiries dessinée par H. Valentin et gravée par Hildibrand vers 1857. Cette date est la plus récente écrite et qui concerne un voyage à Venise de Louis de Broqueville, fils de l’aîné de famille, Jean-François. Ces armoiries Broqueville avec un sautoir d’argent se retrouvent aussi sur un ex-libris que Louis possédait au château d’Esparbès. Les couverts de Jean-Joseph-Bernard (JJB) de Broqueville (1752-1817). Donne la même indication concernant les émaux ce qui me fait dire que les armoiries des Broqueville français depuis Jean II et Brigitte de

Ex-libris de Louis de Broqueville au château d'Esparbès.

Ex-libris de Louis de Broqueville au château d’Esparbès.

Cotignon : sont « : « D’azur au sautoir d’argent, accompagné en chef d’une molette d’or ». Dans les deux cas, nous retrouvons la molette des Cotignon, l’écu étant chaque fois sommé d’une couronne de comte avec comme support deux lévriers soit au naturel soit « contourné » au naturel. (7)

En 1890, au moment où les Broqueville français disparaissent, les armoiries reconnues en France sont celles parues dans les annales historiques de 1890 à savoir que les deux meubles sont

Les armoiries des Broqueville français de 1890

Les armoiries des Broqueville français de 1890

d’or. Il y eut encore une évolution des armoiries Broqueville au moment où Stanislas a reçu le titre de baron des mains du roi Léopold II. Le 22 juin 1867 lors de la reconnaissance de noblesse et concession du titre de baron transmissible par ordre de primogéniture masculine. (8) Les armoiries sont décrites ainsi : « D’azur au sautoir d’or accompagné en chef d’une étoile à six rais du même ». Le support est : « deux lévriers regardant au naturel, colletés d’or ». Ce sont ces mêmes armoiries qui prévalent actuellement pour toute la famille Broqueville.

Une couronne de comte prémonitoire

Couronne de comte et manteau d'hermine.

Couronne de comte et manteau d’hermine.

Deux couverts en argent portant une couronne de comte témoigne du port du titre de comte par Jean-Joseph-Bernard (JJB) au moment de son mariage en 1778 avec Ursule de Lherm de Larcène. Les Broqueville se sont donc octroyés cette couronne de comte probablement du temps du père de JJB, Jean-Baptiste (1689-1771) qui a pu prétendre être noble, de noblesse militaire, grâce à un édit de Louis XVI. (9)

Il fut un temps où les Broqueville précédaient les reconnaissances honorifiques officielles. Ainsi, Stanislas avait le titre de baron (voir ci-dessus). Charles ne le reçut qu’à la mort de son père bien qu’il le porta dès son accession à des charges politiques importantes. Il s’est même octroyé le titre de comte avant la lettre puisqu’il portait déjà cette couronne dans ses armoiries alors qu’il

Hommages de la ville de Mol à son représentant devenant ministre des chemins de fer en 1911.

Hommages de la ville de Mol à son représentant devenant ministre des chemins de fer en 1911.

n’était encore que baron, jusqu’au jour où il a été reconnu, par le roi Albert comme porteur du titre de comte par primogéniture masculine, tous les autres Broqueville restant baron. Son fils Jacques et son petit-fils Norbert ont fait pareil. Jacques et Norbert ont reçu le titre de comte seulement en 1965 comme tout le reste des descendants de Charles au moment de l’inauguration du monument représentant Charles à Woluwe-Saint-Lambert. Les couverts de mariage de Jacques portent dès 1919 et ceux de Norbert, dès 1954, la couronne de comte.

Le manteau d’hermine

Sur les couverts de Jean-Joseph-Bernard, nous y trouvons un manteau d’hermine. Ce

Bouton de livrée avec les armoiries Broqueville-Briey.

Bouton de livrée avec les armoiries Broqueville-Briey.

détail montre combien la famille Broqueville portait haut ses armes. Jean-Joseph-Bernard épouse une famille (Lherm de Larcène) qui a été reconnue noble par le très fameux d’Hozier, ce qui n’a pas été le cas de la famille Broqueville. Il était important pour les Broqueville d’asseoir leur ancienneté plus que sur des archives qui ne devaient probablement pas exister mais bien sur deux « accessoires » comme la couronne de comte et le manteau d’hermine.

Cachet en cire avec les armoiries Broqueville-d'Huart.

Cachet en cire avec les armoiries Broqueville-d’Huart.

Nous ne connaissons pas les raisons pour lesquelles ce manteau a été rajouté. Mais nous sommes sûr que les Broqueville belges se sont empressés de le replacer dans leurs armes depuis Stanislas qui a épousé une Briey, famille qui elle, a le droit de porter ce manteau, tout comme son fils Charles (le ministre), son petit-fils Jacques et même son arrière-petit-fils, Norbert, mon père et probablement d’autres membres de la famille.

En terme de supports où nous retrouvons la couronne de comte et le manteau d’hermine : Outre les couverts de mariage de JJB et d’Ursule de Lherm de Larcène (1778) (voir ci-dessus), des boutons de livrée (deux tailles) en laiton gravé or de Lassen & Cie à Bruxelles avec les armoiries Broqueville-Briey (A remarquer, l’écu est supporté par un lévrier à gauche et un lion contourné au naturel à droite), un

un couvert armorié.

un couvert armorié.

cachet avec les armoiries Broqueville-d’Huart, deux taques de cheminées se trouvant au château de Postel et représentant uniquement les armoiries Broqueville, les couverts de différents services conservés dans la famille Broqueville.

Gageons que les générations suivantes montreront plus de simplicité dans le port de leurs armoiries, tout en restant fier de les porter ainsi que la devise « Quis Me fortiori aut fidelior ».

Géry de Broqueville

Les armoiries modernes des Broqueville belges.

Les armoiries modernes des Broqueville belges.

(1) Alix de Cressac (1895-1982) qui a épousé en 1919 Jacques de Broqueville (1895-1968).
(2) Bertrand de Cressac-Bachelerie, Neuf siècles d’une famille de France, édité à compte d’auteur, 1951.
(3) J.J. Monlezun, Histoire de la Gasogne, supplément, ed. Brun, 1871, réédition Lacour-Rediviva, page 639.
(4) Il nous semble évident que nous recherchons l’hypothétique branche aînée. Serait-ce ceux qui ont fait souche plus tard en Picardie ? Et en même temps, Monlezun a parfois écrit des erreurs historiques (de complaisance ?) qu’il est très difficile, sans retrouver la source qui lui a permis d’écrire cela, d’attester sur base de document l’existence de deux branches et donc de deux types d’armoiries.
(5) Description des armoiries dans un bulletin précédent – Avril 2010.
(6) M.H. Tisseron, Les Annales historiques nobiliaires, biographiques et nécrologique, 47e année, 56e volume, 1890.
(7) A. Bachelin dans « La science des armoiries » décrit aussi les armoiries Broqueville comme étant « d’azur au sautoir d’argent cantonné en chef d’une molette d’or ». Ce livre date de 1880.
(8) Voir article sur le blog : http://broqueville.be/?p=980
(9) Etat présent de la noblesse du royaume de Belgique tome II, Tradition & vie, 1960.

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