Il semblerait que Charles François Marie Hubert de Broqueville ait été deux fois militaire. Dans les archives du château de Vincennes qui est le centre d’archives des armées de terre, de la marine, et de l’air de l’armée française, il existe des milliers de dossiers d’officier ayant servi dans l’armée. Les services sont en train de numériser ces documents. Ainsi, en tapant Broqueville, sans particule, j’ai retrouvé celui qui concerne notre ancêtre qui après son service pour la république a épousé Octavie Le Candèle.1

Le n° de matricule du conscrit Broqueville est le 3739. Il s’appelle bien en 1809, moment de son inscription à l’armée comme ne possédant pas la particule. Il est décrit comme ayant 1,731 m c’est-à-dire la même taille que son père Jean Joseph Bernard. Sa mère est citée aussi comme étant Ursule Delherm. N’oublions pas que la Révolution française est terminée depuis le le coup d’État de Napoléon Ier du 18 Brumaire 1799 qui démarre le consulat. En 1806, les français vivent sous le régime du premier Empire qui a démarré en 1804.

En 1809, Napoléon Ier fait face à la cinquième coalition menée par l’Autriche et l’Angleterre. Il rentre d’Espagne en janvier, bat les Autrichiens en Bavière, prend Vienne en mai, subit un échec à Aspern-Essling, puis remporte sa dernière grande victoire à Wagram les 5 et 6 juillet avant de signer la paix en octobre. C’est donc le 27 octobre que Charles François est engagé dans l’armée.

Description physique

Grâce à ce dossier, on connaît sa description physique. Outre son mètre 73, on sait qu’il a un visage allongé, un front haut, des yeux gris, un nez empâté, une grande bouche, un menton [allongé],2 cheveux et sourcils châtains3. Signe particulier, teint coloré.

Il est engagé dans l’infanterie de la Garde impériale et plus particulièrement dans le régiment des fusiliers chasseurs de la garde. Cette unité militaire d’infanterie a été créée en décembre 1806 par Napoléon Ier sous le premier Empire. Intégré à la Jeune garde à ses débuts, cette unité a participé aux grandes campagnes napoléoniennes avant d’être dissoute en 1814. Charles François est incorporé car il est conscrit de 1806 en provenance de Auch, canton de Mauvezin. Il est dit qu’il est domicilié à Monfort et est propriétaire.

Son grade n’est pas noté dans ce document, or, nous sommes dans un document reprenant les officiers. La dernière colonne montre qu’il est rayé des cadres de l’armée pour cause d’une longue absence du 30 octobre 1811 au 27 novembre 1811. L’armée est intransigeante face à une absence de 27 jours ! Mais que faisait donc Charles François durant cette période ?

27 jours d’absence ! pourquoi ?

Après la paix de Vienne (octobre 1809), le régiment des fusiliers-chasseurs de la Garde impériale rentre brièvement en France avant d’être envoyé en Espagne de 1810 à 1811. Il y mène des opérations de maintien de l’ordre, participe à la guerre contre la guérilla et combat dans la péninsule ibérique jusqu’à son retour en France à l’automne 1811. C’est à ce moment qu’il y a une réorganisation du régiment qui devient non plus la vieille garde mais bien la garde moyenne.

Comme Charles François ne passe pas trop loin de chez lui, ne fait-il pas un saut jusque Monfort pour voir sa famille ? Il reste 27 jours dans son village natal, temps assez long pour que l’armée le raye de ses effectifs ? La guerre d’Espagne qu’il a vécue l’a-t-il traumatisé au point de prendre le risque de se voir rayé de l’armée ? Aurait-il été présent à des choix à prendre qui sont des cas de conscience ? Était-il dégoûté de l’armée et des faits d’arme de l’empereur contre la guérilla espagnole ? Nul ne le sait.4

Se poser la question est aussi important pour déterminer le caractère de Charles François. Cette présence militaire en Espagne est loin d’une épopée guerrière. L’armée napoléonienne a dû faire face à une révolte de la population espagnole alors que celle-ci cherchait à libérer l’Espagne de l’oppression Anglo-portugaise.5

Les exactions de l’armée de Napoléon !

La lutte contre la guérilla en Espagne (1810-1811) a été marquée par une violence extrême, des exactions massives contre les civils et une criminalité de guerre généralisée. Face à une insurrection populaire impossible à saisir, l’armée napoléonienne a répondu par la terreur institutionnalisée, tandis que les soldats se livraient au pillage systématique pour survivre.

Quand on sait cela, on commence à comprendre les 27 jours d’absence. Il est probable que Charles François soit dégouté par ce type d’action de l’armée. Il est donc logique que son engagement dans l’armée se fasse un an après la chute définitive de Napoléon.

Charles-François a été obligé de servir Napoléon puisqu’il était conscrit en 1806. Mais il était profondément royaliste. Il s’engage donc au moment de l’arrivée de Louis XVIII au pouvoir, en 1816.6

En conclusion…

C’est à travers les événements de la vie politique, militaire ou sociale et économique que l’on peut essayer de comprendre le style de vie de nos ancêtres. Être absent durant 27 jours on appelle cela de la désertion, aux yeux de l’armée. Peut-être qu’il a été malade psychiquement durant cette période et celle qui l’a suivie. Or le corps ou l’esprit malade, même brièvement, est rarement rapporté dans les archives au risque d’être considéré comme fou !

Voici donc la première partie de la vie militaire de Charles-François, l’ancêtre qui a fait souche en Belgique, dont tous les Broqueville actuels en descendent.

Géry de Broqueville

  1. Ministère des Armées et des anciens combattant. Côte du dossier : SHD/GR 20 YC 50 ↩︎
  2. Mot difficilement lisible. ↩︎
  3. Pour rappel, son père a des sourcils et des cheveux blonds. ↩︎
  4. En tout cas, il s’est réengagé dans l’armée française en 1816, c’est-à-dire après la chute de Napoléon à la bataille de Waterloo en 1815. ↩︎
  5. Cette coalition anglo-portugaise était dirigée par le duc de Wellington qui arrivera à terrasser Napoléon à Waterloo. ↩︎
  6. C’est une autre histoire que l’on peut voir dans les annuaires militaires. Cliquez ici. ↩︎