Voici un procès daté 1731. La branche benjamine des Broqueville d’Endardé est en pleine ascension sociale dans la bastide de Monfort. Les membres de la famille sont qualifiés de bourgeois et sont de gros propriétaires terriens. Ils ajoutent, parfois, une particule. Ils se disent nobles depuis le début du XVIIIe siècle. Ils le disent et le font écrire par les notaires complaisants à l’instar de la branche cadette, les Broqueville d’Empiroy. A cette date ne subsiste que Vital de cette branche qui décédera après 1735 à l’âge de 83 ans, sans descendance. Il lègue sa fortune à ses cousins Endardé tandis que la branche aînée s’est déjà éteinte dans la deuxième moitié du XVIIe siècle.

Note : cet article est paru dans ce blog le 17 octobre 2010. Il a été revu, corrigé, complété et republié le 15 août 2026.

L’auteur de la branche benjamine des Endardé est Antoine marié avec Catherine Fuilhade. Antoine est le premier Broqueville a savoir signé dès 15814. Il est celui qui possède la métairie d’Endardé. Il aura un fils Jean que l’on distinguera de son propre fils Jean par un chiffre romain. Jean I est le père de Jean II qui de son mariage avec Brigitte de Cotignon aura Louis qui continue la descendances des Endardé.

Louis est marié à Marie de Solaville. Son épouse donnera naissance à 13 enfants dont notamment Jean-Baptiste Broqueville de Colomé (1689-1771), Alexis Broqueville-Garros (1694-1766), Françoise (1700-1784). Nous allons nous cuton Jean Baptiste dont nous descendons mais qui n’a rien avoir avec cette affaire ci-dessous.

Posons le décor de ce procès

En 1731, au moins 5 enfants subsistent mais dans l’histoire qui va suivre trois seulement nous intéressent. Il s’agit de Alexis de Broqueville-Garros, Françoise de Broqueville et Joseph de Broqueville-Larroque. Les deux derniers sont les protagonistes d’un procès.

Les documents retrouvés aux archives départementales du Gers sont intéressants à plus d’un titre. Ces pièces de procès nous montrent les mœurs de l’époque, les coutumes et la façon aussi dont la justice était rendue.1 Nous allons voir le type de réactions à des injures qui nous semblent très anodines mais qui, visiblement sont graves, surtout dans le cadre de l’ascension sociale d’e la famille Broqueville. Les textes ne retiennent que deux injures :  laquais et marmiton, bien qu’un témoignage parle des mots ‘gueux‘ et ‘drôlesse‘. La réaction va être brutale.

Les témoins de ce procès vont décrire une scène étonnante dans le petit milieu de Monfort. Nous nous trouvons le dimanche 18 février 1731, à la sortie des vêpres qui se déroulent vers midi puisque la scène ci-dessous se déroule aux environs de zntrz 14 et 16 heures, selon les témoins. Lisons le texte retranscrit de la plainte de Catherine Druilhet contre le sieur Joseph de Broqueville d’Endardé2 :

Les faits selon Catherine Druilhet

A vous monsieur le juge royal du pays de Fezensaguet monsieur votre lieutenant en la cour, supplie humblement Demoiselle Catherine Druilhet fille à feu Henry Druilhet Bourgeois et de demoiselle Claire Dupin habitante la dite ville de Monfort disant que le jour février 18e du courant fut l’heure de 4 d’après midi la suppliante était assise devant sa porte en compagnie de messire François du Bouzet, baron de Labizan, de demoiselle Marie du Bouzet et Bivès, du sieur Jean-Blaise Solirène bourgeois. Le sieur Joseph Broqueville d’Endardé serait venu en les abordant avait honnêtement dit à la suppliante qu’il la priait de vouloir se séparer de la dite compagnie pour un instant, ayant quelque chose à lui dire, ce que la suppliante aurait gracieusement fait. Le dit Broqueville l’ayant attirée à 5 ou 6 pas de ladite compagnie sous prétexte d’avoir quelque chose à lui dire, lui avait pris les deux mains de l’une des siennes dans le même temps d’un propos délibéré et prémédité lui avait donné deux ou trois soufflets et trois et quatre coups de pieds dans les fesses sans que la suppliante croie lui avoir donné aucun sujet de la traiter de la sorte. Ledit Broqueville l’aurait sans doute plus maltraitée s’il n’y eu des personnes assez charitable qui fussent venus pour empêcher ledit Broqueville de pousser plus avant sa brutalité sur quoi ce soit encore parvenue demoiselle Françoise Broqueville d’Endardé soeur dudit Broqueville qui avait crié à son frère qu’il avait très bien fait de traiter une drôle comme la suite de la manière qu’il avait fait lui ayant dit des injures qui ne veut pas ternir son honneur ce qui ne peut sans doute avoir été occasionné qu’à l’instigation de la demoiselle Françoise Broqueville. (…)

La scène se déroule entre la porte de Sainte-Gemme 3 et la porte de Toulouse4, pas loin de la promenade des remparts de la bastide. La justice royale de Mauvezin va demander à quelques témoins de la scène de s’exprimer sur les fait en plaçant “les mains sur les saints évangiles de notre seigneur à promis et juré de dire la vérité“. Chacun doit dire s’ils ont des liens de parentés, sont alliés, servantes ou domestique et connaître les parties” C’est ainsi que l’on découvre une nouvelle parenté entre Marianne d’Antraygue Lauzéro (16 ans) avec Joseph de Broqueville au troisième ou quatrième degré. De même Marie-Anne Ponsin (50 ans environ) est parente aussi mais ne sait plus à quelle degré5.

Témoignage de Marie et François du Bouzet

J’ajoute le témoignage de Demoiselle marie du Bouzet de Bivès fille de noble Denis du Bouzet seigneur de Bivès. Le texte commence ainsi : habitante de la présente ville âgée de 22 ans ou environ témoins assigné à la requête de demoiselle Catherine Druilhet habitante de la même ville par l’exploit de ce aujourd’hui ainsi qu’elle nous la faire apparaître de la copie signée Marcassus ses mains mises sur les saintes évangiles de notre seigneur a promis et juré de dire la vérité. Interrogé si elle est parente alliée, servante ou domestique d’aucune et si elle les connaît. A répondu n’être parente alliée servante ni domestique d’aucune des dites parties et les connaître et le contenu en la requête en plainte de ladite Catherine Druilhet a elle, elle lu mot à mot expliqué le donné à entendre : Dépose quelle fut se promener le 18 du courant avec madame sa mère et mademoiselle signé Marie du Bouzet de Bives. Catherine Druilhet le long des murs à la porte de Sainte-Gemme de la ville de Monfort et qu’étant à se promener elles trouvèrent mademoiselle de Sentis assise avec le sieur Ponsin lequel parlait de sa robe de chambre qu’elles trouvaient bien faite et fort jolie lesquelles dirent que si tout autre que ledit sieur Ponsin était avec elle, on y trouverait à redire et qu’alors survient mademoiselle Jeanneton de Druilhet accompagnée du sieur Garros d’Endardé frère dudit sieur Broqueville qui fit présenté du tabac à ladite delmoiselle de Sentis et pendant cette intermaille on parla si ledit Sieur de Broqueville voyait toujours la dite demoiselle de Sentis et que la demoiselle Catherine de Druilhet dit qu’il ne la voyait pas depuis longtemps que son père n’ayant été averti sorti un jour de fête de l’église en disant je le tuerai et que ledit sieur Garros ayant entendu répondu plusieurs fois : On ne la pas tué mademoiselle Sentis et ?? retiré les a prise que vêpres et furent ?? la déposante s’en fut avec monsieur son frère mademoiselle Jeanneton et Catin de Druilhet devant la porte d’entrée ?? Druilhet et étant assise et survint des sieurs Jean et Blaise Solirène qui dit a mademoiselle Catin de Druilhet il nous arrivera quelque catastrophe de la part du sieur de Broqueville et peu de temps après survint ledit sieur Broqueville qui était détaché de la compagnie demoiselle sa sœur la demoiselle d’Entraygue qui aborda gracieusement demoiselle Catherine de Druilhet en lui disant qu’il avait un mot à lui dire et après qu’ils se furent reculé quelques pas de la déposante vit que ledit sieur de Broqueville bailla a ladite demoiselle Catherine de Druilhet quelques coups de pieds dans les fesses et entendit que ladite demoiselle se plaignait que ledit sieur Broqueville lui avait baillé des soufflets et la déposante vit que ledit Broqueville la tenait par les mains, et vit aussi que mademoiselle Françoise de Broqueville sœur dudit Broqueville y accouru toute ?? de haleine en disant a son frère tu as bien fait de traiter cette drôlesse de la sorte après quoi la déposante se retira. Ce tout ce que avoir dit et savoir.

Même si Marie du Bouzet dit la même chose, elle signale qu’elle n’a pas de lien familial avec la famille Broqueville d’Endardé. Bien que des zones d’ombre subsistent6, sa grand-mère serait Marie Broqueville d’Empiroy. Son grand-père, Guillaume du Bouzet, a eu deux épouses. La première est Marie Broqueville d’Empiroy et la seconde est Marguerite de Faudoas de Séguenville.7 Su premier mariage est né, vers 1670, un fils unique Denis. dont Marie, ci-dessus est la fille.

Un autre témoignage est celui de François du Bouzet qui a 18 ans environ et est baron de Labizan. Dans le dernier témoignages, celui de Blaise Solirène, ce dernier dit que Franois est le frère de Marie. Celui-ci étant 4 ans plis jeune que Marie, Denis a donc eu au moins deux enfants.8

Témoignage de Blaise Solirène

Puisque nous sommes au dernier témoignage, celui de Blaise Solirène, on va dire que celui-ci est le plus cru. (…) appela son frère le sieur Broqueville a qui elle parla quelques temps après quoi ledit Broqueville tout ?? de colère vint se mettre auprès du déposant sous la halle publique dudit Monfort et alors le déposant lui dit qu’affreusement on lui avait fait de faux rapports et qu’il voulait l’instruire a la lettre de tout ce qui s’était passé et qu’on avait rien dit pour le fâcher a quoi il répondit qu’il ne lui parlait pas de cela mais qu’il voulait baillé 20 coups de pieds au cul de demoiselle Catherine de Druilhet a qui le déposant lui représenta que c’était une mauvaise action en suite de quoi le dit Broqueville s’en fut et suivant à grand pas les demoiselles de Druilhet, mademoiselle de Bivès et son frère et s’arrêta lorsqu’il fut devant la porte de sa maison (…).

Tous les témoignages sont intéressants et varient aussi selon les angles de vue et les intérêts de chacun. Les témoins apparentés ont une forte tendance à décrire la situation mais avec des nuances en faveur de leur lointain cousin. Le lien du sang, cela compte quand même. Celui de Blaise Solirène est plus cru mais aussi déterminant dans la décision du juge.

Père et fils fâchés

On découvre aussi que Louis, le père d’Alexis de Broqueville-Garros a été très mécontent des fréquentations de son fils avec demoiselle Sentis qui visiblement attirent les commentaires de tous, certes à propos d’une très belle robe de chambre mais aussi du fait qu’elle soit au bras de Monsieur Ponsin. L’on sait aussi par les témoignages qu’une altercation a même eu lieu, quelques temps auparavant, entre le père et le fils en pleine rue, ce qui a alimenté les commérages spécialement de Catherine Druilhet et ses copines.

Altercation de Louis avec Alexis son fils cadet

Visiblement ces commérages exaspèrent Alexis (sieur de Garros)9 mais surtout son frère cadet, Joseph (sieur de Larroque) qui veut laver l’honneur de la famille en donnant une leçon à celle qui lance ainsi les rumeurs et des propos injurieux.  Ainsi lors de son audition par le procureur du roi siégeant à Mauvezin, Joseph Broqueville dit ceci en substance :

Il est véritable que dudit jour 18 du mois de février on rapporta a lui qui répond à la sortie des vêpres que ladite demoiselle Catherine Druilhet avait dit sur le compte de lui qui répond et de sa famille plusieurs choses très grave et disgracieuse, il cru qu’il était de son honneur d’avoir des explications avec cette demoiselle qu’il la joignit dans cette intention étant en compagnie des susnommés qu’il l’a pria avec beaucoup de politesse de lui expliquer le motif qui l’avait obligé de tenir pareil discours et qu’au lieu pour cette demoiselle de rétracter ce qu’elle avait dit elle soutin au contraire d’un air hautain et méprisant qu’elle avait dit que, lui qui répond, était un laquais, un marmiton et autres injures très atroces. La vérité de cette situation, lui qui répond, se trouvant fort piqué en n’étant point maître de sa colère, il avoue qu’il donna un coup de pied à la demoiselle Druilhet laquelle l’ayant pris à la cravate qu’elle du tirer, lui qui répond, se trouva si troublé voulant se dégager qu’il repoussa de sa main ladite Druilhet ne se tournant point qu’il l’a toucha avec sa main qu’il était très fâché de ce comportement.(…)

Langage qui nous paraît très cru

La sœur de Joseph, Françoise de Broqueville10 a quand même ajouté de l’huile sur le feu en encourageant son frère dans ses agissements en injuriant aussi Catherine Druilhet et la traitant de drôlesse. Cette dernière n’est pas condamnée car le juge considère qu’elle n’a pas fait qu’injurier mais n’a pas participé aux coups.

Un jugement moderne

Ce qui est intéressant dans le jugement, c’est que la violence utilisée par Joseph n’est pas condamnée parce qu’il semblerait qu’il soit en légitime défense. En mai 1731 il est relaxé parce qu’il a sauvé l’honneur de sa famille. Cela passe avant toute chose. Catherine Druilhet a même du se rétracter dans un document où elle reconnaît qu’elle retire sa plainte. Ce qui doit jouer aussi probablement c’est que c’est une femme qui porte plainte contre un homme. Ce dernier a plus de droit que la femme. Il peut la battre mais la femme ne peut pas colporter des rumeurs. Le jugement du 17 mai 1731 est irrévocable. Le témoignage de Joseph de Broqueville, sieur d’Endardé a plus de valeur que celui de la plaignante. Il est possible que le statut social ait eu aussi du poids dans la balance de la justice. Le juge écoute Joseph et renvoie les deux protagonistes dos-à-dos en imposant à Joseph de s’expliquer calmement au domicile de la demoiselle Druilhet tout en lui remettant la copie du jugement.

Géry de Broqueville

  1. Les sept pièces de ce procès classée aux Archives départementales du Gers (ADG) à Auch sous la cote 2B93 ont été photographiées (ref photo de 8820 à 8860), sont disponible au format pdf sous les références suivantes :
    1- la plainte de Catherine Druilhet – 2- la convocation des témoins – 3- L’audition des témoins – 4- Désistement de Catherine Druilhet – 5- jugement – 6- Audition de Joseph Broqueville et relaxe – 7- Inventaire des pièces du procès. ↩︎
  2. La tournure des phrases n’a pas été corrigée, seuls les mots ont été écrit en langage actuel pour une bonne compréhension. ↩︎
  3. Cette porte se trouve en contrebas à droite de l’église Saint-Clément là ou abouti la rue de l’école. ↩︎
  4. Anciennement porte du dessus qui va vers Mauvezin. ↩︎
  5. Marie-Anne Ponsin est née en réalité le 17 juillet 1676 et a donc 55 ans. Elle est la fille de Louis Ponsin et de Catherine Divat. Sa grand-mère est Mathieue Broqueville (+ 1670) qui a épousé Pierre Ponsin. Mathieue est fille de Janotet Broqueville et de Guillemette Lanne. Il faut encore monter deux générations pour découvrir l’ancêtre commun qui s’avère être Jean Broqueville marié à Marie Gariéput. Donc le cousinage est éloigné. ↩︎
  6. Plus de détails concernent cette explication sur la vie de Denis du Bouzet en cliquant ici. ↩︎
  7. Pour essayer de dépatouiller ces deux unions, je vous invites à lire ce texte en cliquant ici. ↩︎
  8. Il s’agit du témoignage de Jean Blaise Solirène, Bourgeois et habitant de Monfort, âgé de 23 ans. Il dit qu’il n’est allié à aucune des parties. ↩︎
  9. Il faut reconnaître qu’Alexis, sieur du Garros ne doit pas avoir un comportement exemplaire avec cette demoiselle Sentis. En effet, lors de l’estimation des biens de Louis en 1745, on a découvert qu’Alexis a eu quatre enfants dont on ne connaît pas la mère. Serait-ce cette demoiselle Sentis qui n’a jamais été acceptée par le père au point de vouloir “tuer” son fils parce qu’il la fréquentait ? ↩︎
  10. Françoise de Broqueville épouse Jean-François Dabrin, notaire royale. Elle aura une nombreuse descendance existante encore actuellement. Voir article en cliquant ici ↩︎