Une réunion Broqueville est en France une cousinade. Nous sommes en France, que diable. De plus originaire du Gers. Nos racines sont inscrites dans notre sang, dans la pierre, sur du papier et même dans la nature d’une bastide qui existe depuis 1275 : Monfort.
Ainsi début juillet, j’ai réussi à réunir 19 membres de notre famille pour visiter Monfort et ses environs. La dernière visite remonte à 25 ans, en septembre 2001. Nous avons eu la chance de visiter quatre intérieurs de maisons qui ont vu passé des Broqueville. Ce sont quatre intérieurs qui donnent la mesure de la vie de nos ancêtres. L’accueil de nos hôtes a été formidable, chaleureux, bienveillant avec ces Broqueville qui débarquent ainsi comme des OVNI sur une terre, qui, somme toute, est, en pensée, un peu la leur. 500 ans de présence en un seul lieu ne se gomme pas si facilement, par une présence de 198 ans en Belgique.1
Un lieu d’archives
Le premier intérieur est celui de la Mairie où M. Régis Lagardère, le Maire de Monfort a fait un mot de bienvenue à notre famille. J’ai rappelé aussi que feu son oncle, Robert Lagardère, nous avait accueilli dans ce même lieu, il y avait 25 ans. C’est lui aussi qui m’a mis le pied à l’étrier de la recherche de notre famille, dans les archives de Monfort.
Nous sommes passés rapidement dans la salle des archives que j’ai commencé à montrer à la famille. C’est à ce moment-là qu’est apparue la reine des lieux, Simone Gallenne. Elle a montré un des documents comportant moultes signatures Broqueville. Comme en 2001, les Broqueville sont fascinés par ces multiples signes de leur niveau d’alphabétisation. C’est d’ailleurs un des éléments qui a déclenché mes 22 ans de travaux au sein des archives municipales et départementales. Simone et moi, avons rigolé en expliquant à la famille combien elle en avait marre de voir notre nom aussi présent dans les archives. Cela m’a fait énormément plaisir de la voir durant la visite de ma famille.

Les maisons monfortoises
L’église Saint-Clément
La première grande maison est celle de Dieu. L’église Saint-Clément2 de Monfort. Accompagné par Simone qui m’a fait découvrir certains éléments que je ne connaissais pas. Nous connaissions déjà les armoiries Broqueville sur la clé de voûte de l’ogive se trouvant devant le jubé des Grandes orgues.
J’ai lancé les fin limiers de la famille vers d’autres armoiries se trouvant sur un des murs d’une chapelle latérale. Forces est de constater que le nez Broqueville est très fin pour détecter les armoiries avec couronne comtale. Elle avait été identifiée il y a bien longtemps par Thierry mais voilà qu”elle avait été oubliée, même par lui, en 2001 ! C’est en relisant son syllabus intitulé, les Broqueville au XIXe siècle que je me suis souvenu qu’il y avait lieu d’organiser une chasse au trésor. Cette armoiries se trouve peinte sur un mur de la chapelle de la vierge, alors qu’elle aurait du être peinte sur la chapelle Saint-Jean voisine. Cette chapelle Saint-Jean a été de nombreuses années le lieu de sépulture de toute la famille jusqu’à la Révolution.
Il y a peut-être une autre explication. Cette chapelle était celle dédiée à Notre Dame du Rosaire. Je sais que Louis, dans son testament, a fait un don à cette chapelle. Durant sa vie, il avait une dévotion particulière pour cette chapelle d’où cette peinture appliquée au XIXe siècle. Cette
Un décor parlant
En regardant de plus près, ces armoiries sont fausses. Les Broqueville français portaient au XIXe siècle : D’azur, au sautoir d’argent accompagné en chef d’une molette de même. Sur cette peinture murale, nous avons une armoiries dont la définition est celle-ci : D’azur, au sautoir d’or accompagné en chef d’une molette d’argent. nous avons comme définition pour la peinture ci-dessous : d’azur au chevron d’or et molette d’argent.3 La seule personne qui se trompe complètement dans les armoiries Broqueville est Louis, l’habitant du château d’Esparbès. Non seulement il veut absolument se montrer noble en plaçant ses armoiries partout, mais en plus il fait un doux mélange de genre.

L’analyse des motifs voisins de l’armoirie montre bien que nous sommes dans la chapelle de la vierge. La blancheur du lys montre le cœur immaculé de la vierge. Les trois pétales montrent que Marie est la servante de la sainte trinité (le père le fils et le Saint-Esprit). L’étoile est une Stella maris (étoile de mer) qui est la lumière qui porte le croyant par l’intercession de la vierge, vers Dieu. Cette étoile confirme d’ailleurs le rôle intermédiaire de la vierge comme on le voit dans la dernière phrase de sa prière : Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort. Ces deux motifs sont les attributs de Notre Dame du Rosaire.
La maison Saluste
Ainsi nous avons vu la maison Saluste du Bartas dans son intégralité, de la cave à la salle haute. La maison telle qu’elle est actuellement, Bertrande Broqueville, fille de Sans, épouse de François Saluste et donc mère du poète gascon, Guillaume Saluste du Bartas, ne la jamais vue ainsi. Ce sont ses descendants qui ont aménagé la salle haute avec ses fenêtres à meneaux et ses murs de pierres.

La salle basse est beaucoup plus obscur. Elle servait d’entreposage des marchandises, de l’endroit de la vente des de ces dernières, comme ci-dessous.

La maison de la tour
Nous avons aussi vu l’intérieur de la maison de Bernard Bacquié qui est aussi une ancienne maison Broqueville durant quelques décennies au XVIe siècle. Cette maison est celle du presbytère. Il nous explique donc pourquoi elle est la seule maison de Monfort qui possède une tour. Celle-ci a été construite par un Faudoas qui était aussi le beau-frère d’un Broqueville. Cette tour a été construite par un maçon monfortois du XVIe siècle. IL est le même qui a construit l’escalier en colimaçon qui se trouve dans le château du Bartas. Ce nom est celui de Jehan4 Saint-Martin. Je le signale parce qu’il est de la même famille que Judith Saint-Martin (v.1590-1630), épouse de Joseph Broqueville (av.1590-1642). Ce dernier fait partie de la branche cadette.

Notre dernière demeure
Nous en avons deux de dernière demeure. Celle de la chapelle Saint-Jean mais aussi le caveau de famille de Monfort situé tout au bout du cimetière sur la gauche du chemin central. Les tombes semblent être nettoyées. Le soleil fait que l’on voit beaucoup mieux les épitaphes que lorsque nous sommes en hiver ou par temps gris. Un mini-conseil d’administration a eu lieu autour des tombes pour savoir ce que l’on doit faire pour garder la trace écrites de ces tombes. Il a été décidé de renforcer les écritures existantes et d’ajouter une petite plaque signalant que dans ce caveau est aussi enterrée Agnès, la dernière Broqueville d’Endardé.

Les métairies Broqueville
Maussombat

Avant de visiter un autre château, nous avons rencontré les propriétaires de quatre anciennes métairies Broqueville sises à Monfort. Ainsi nous avons visité celle de Maussombat (écrivez et prononcez actuellement, Mayzumbat) avec sa tour qui devait à l’époque comporter au moins un étage de plus, toute en pierre. On y trouve quelques éléments de pierre de l’ancien château d’Esparbès.

Bigourdas
Cette visite à été suivie par celle de Bigourdas. Ce lieu a été une métairie dont les Broqueville était les propriétaires durant deux siècles environs, jusqu’en 1850 année de vente de celle-ci, en ruine à la famille Breton. Cette dernière en a fait le bâtiment actuel. Alors que j’expliquais tout cela à la famille devant la demeure, la plus jeune d’entre-nous est aller demander au propriétaire du château la possibilité de le visiter à l’intérieur. La chose lui fut accordée et nous avons eu la chance de visiter l’endroit de fond en comble. Effectivement, l’ancien propriétaire avait peint les caissons en bois du salon qui ont été rénovés par le propriétaire actuel. Adorable monsieur, passionné par sa demeure, il nous a montré chacune des pièces qui sont beaucoup plus grandes que ce que l’extérieur nous donne à penser.

Endardé
Nous avons aussi visité la métairie d’Endardé qui est assez mal en point actuellement. Je signale à la famille que les bâtiments existants n’étaient pas un logement des Broqueville mais bien de leurs métayers. Les Broqueville d’Endardé étaient marchands, notables ou bourgeois. Ces derniers vivaient à Monfort. Ils avaient pris ce nom pour se différencier des autres branches.
Ils possèdent la métairie depuis, au moins, la moitié du XVI siècle. Le premier qui en fait référence est Antoine, l’auteur de la branche benjamine dont descendent les Broqueville actuels. Cette métairie était assez importante puisque dans un document du début du XVIIe siècle on compte pas moins de 6 granges qui devaient se trouver dans l’alignement de la métairie. La parcelle cadastrale napoléonnienne5 témoigne de cet agencement. La métairie, avec 44 hectares de terres, a été vendue par Stanislas de Broqueville. Il a attendu la mort de sa tante Agnès la dernière des Endardé (1799-1880).

Esparbès
Et puis vient le château d’Esparbès. Du moins ce qu’il en reste. Ce ne sont plus que des traces. A travers mes 11 ans de recherche j’ai fini par reconstituer les nombreuses familles qui habitèrent cette seigneurie dont la fondation remonte probablement vers le XIIe siècle. Il y avait le château qui n’a été possession à partir du fils aîné de notre ancêtre Jean Joseph Bernard de Broqueville, dès le début du XIXe siècle. Ce passage dans les moins Broqueville n’est pas fort glorieux. En réalité, par un subterfuge de vente et d’achat, on va dire que le château d’Esparbès est passé des mains de la famille Broqueville vers celle de la famille Méritens de Villeneuve.
Le dernier Broqueville, Louis, celui qui plaçait ses armoiries comtales partout où il pouvait, menait grand train de vie et pourtant n’arrêtait pas de s’appauvrir aux jeux. C’est ainsi que la famille de sa femme, les Méritens de Villeneuve ont acheté par deux fois le château d’Esparbès pour permettre au couple infernal d’y vivre. Louis de Broqueville est mort en son château d’Esparbès en 1895. C’est sa veuve qui l’a revendue à M. Labat. Elle est partie sans demander son resté et a épousé, selon la légende, un officier du côté de Paris.6

A deux pas de Monfort…
Homps
Nous avons aussi vu l’intérieur de la tour de garde du Vieux château d’Homps. Philippe et Sylvia de Saint-Wandrille ont rénové cette tour de garde. C’est aussi une autre manière de visiter ce lieu. Le Vieux Château était celui de la famille de Manas dont deux Catherine se sont alliées à des collatéraux. Ainsi l’une est l’épouse de Guillaume Saluste du Bartas, l’autre a épousé Blaise qui est l’auteur de l’éphémère branche des Broqueville de Maussombat.
Le Bartas
Le dernier lieu visité est le château du Bartas. Son propriétaire nous a fait visiter sa demeure. François Saluste, père de Guillaume a acheté une grosse ferme. Les transformations ont été réalisées par Guillaume. Il se devait d’avoir un manoir au vu de son anoblissement par le roi Henri IV. Nous avons pu voir l’extérieur du château et le rez-de-chaussée intérieur de la demeure. L’épouse de son propriétaire actuel est de la ville voisine de Cologne. Le couple est devenu amoureux de ce château au point d’essayer de comprendre les diverses étapes de construction allant du XVe au XXe siècle. Lors de notre première rencontre7 nous avons partagé nos connaissances concernant les premiers habitants du château, les descendants de Guillaume Saluste.
Le testament de son père est explicite, seul les héritiers mâles ayant une descendance masculine peuvent hériter de ses terres de Monfort. Or, Guillaume, bien qu’il soit devenu noble pour services rendus, avait quatre filles. Cela l’excluait d’office de l’héritage monfortois. François Saluste a donc aidé son fils à s’installer dans un autre lieu.

Sous le cagnard
Il est indéniable que cette visite se faisait sous le signe de la chaleur. Celle-ci était humaine au vu de l’accueil enthousiaste de bon nombre de personnes qui nous ont accueillies. Le soleil y était certainement pour quelque chose. Nous avons dû supporter de températures échelonnées entre 35 et 41 degrés. L’hôtel de France nous a restauré le vendredi soir. Un excellent repas froid nous a été concocté par l’excellent chef Vincent9.

Ce dernier nous a régalé aussi sous la forme de mini-sandwichs et navettes que nous avons dégustés dans la salle d’armes du Bartas, le dimanche midi. Toute l’équipe de l’hôtel nous . Ils nous même dégotté un écran géant dans une salle de réunion pour notre coupe du monde. Il faut se rendre compte que je descend dans cet hôtel depuis 22 ans et que j’ai vu naître le beau projet de l’équipe actuelle.

Je dois aussi signaler le restaurant qui a accueilli la bande de braillards que nous étions pour le midi au Billot des abbatoires à Mauvezin. Je ne connaissais pas cette maison mais, là; si vous êtes carnivores, on y trouve les meilleures pièces de boeuf et de taureau de toute la région. Et si vous êtes végétariens, il est tout à fait possible d’y trouver son bonheur.
Un premier tome pour pérenniser

Il faudra probablement attendre 25 ans10 pour avoir une nouvelle visite familiale. Les 22 ans de mes recherches dans les archives a été le prétexte de cette visite. C’est donc aussi le moment choisi pour présenter le résultat de mes recherches. Ce travail est en cours de publication. Ce premier tome de la généalogie Broqueville est basé sur environ 1700 références bibliographiques. Le nom de ce travail, La généalogie Broqueville, un travail de fourmi pour établir la vérité. Pourquoi établir la vérité ?
Il n’y a jamais eu, un travail aussi systématique des archives , sur la famille Broqueville. Dès lors, tout ce qui a paru précédemment, n’ayant jamais été sourcé, est peur-être exact, mais il fallait le prouver. La vérité n’est parfois pas bonne à dire ou à écrire. J’en parlerai dans un autre article.
Géry de Broqueville
- Ce petit calcul me fait prendre conscience que notre famille s’est implantée en Belgique depuis le mariage de Charles François Hubert de Broqueville avec Octavie Le Candèle de Ghyseghem, le 28 mai 1828. En 2028, nous aurons donc un bel anniversaire à fêter ! ↩︎
- Bernard Bacquié donne dans son livre édité en 2026, Monfort bastide singulière, Ed. Latérales, 2026. (www.editionslaterales.com.) une explication très plausible du saint patron de l’église. ↩︎
- Pour comprendre l’évolution des armoiries Broqueville, cliquez-ici. ↩︎
- Je n’ai pas encore établi de lien de parentés entre Judith et Jean Saint-Martin. ↩︎
- Cadastre napoméonien terminé en 1826 qui se trouve aux Archives départementales du Gers. Cliquez ici. ↩︎
- Un opuscule d’une trentaine de page a été publié par l’auteur en 2026 à l’occasion de cette visite. L’histoire de ce château est ainsi expliquée de long en large sur base des recherches dans les archives de Monfort et de Auch. ↩︎
- Il y en aura peut-être d’autres, en tout cas nous avons décidé de collaborer quant à la connaissance des descendants de Guillaume qui ont vécu dans le Bartas. On peut donc déjà éliminer la cadette, Marie qui est devenue seigneuresse d’Esparbès par son mariage avec Estienne de Rey. ↩︎
- C’est un des sujets qui crispent quelques membres actuels de la famille Broqueville. Pourtant, ils n’ont pas à rougir de leur passé. ↩︎
- Pour découvrir cet hôtel je vous renvoie vers un de mes autres sites Internet très éclectique, en cliquant ici. ↩︎
- Rendez-vous pris pour 2051, si Dieu me prête vie, j’y serai, mais ce sera organisé par la jeune génération. ↩︎
