Entête du testament du 30 juin 1857

Écrire 5 testaments entre 1838 et 1863, il faut tout de même le faire. Je pense que c’est LE Broqueville qui tient la palme concernant ses testaments olographes.

Mais pourquoi donc en avoir écrit cinq ? Le premier date du 25 juin 1838. Louis Marie de Broqueville est né le 28 mars 1784. Il a donc 54 ans. Son écriture est ferme, assurée, et l’on est loin d’imaginer qu’il pourrait mourir le lendemain. Que s’est-il passé pour faire un testament ? Dans l’annuaire de l’État militaire de France pour l’année 1838, Louis Marie est chevalier de la Légion d’Honneur. En outre, il fait partie de la 14e légion de gendarmerie basée à Carcassonne. (1) Il lui prend donc l’envie de faire son testament.

Toute son attention va vers sa femme Marguerite Louise Basilide d’Aspe : “Voulant donner à Dame Louise marguerite Basilide d’Aspe mon épouse la preuve de ma tendre et vraie amitié que je lui porte je lui lègue les avantages que nous nous sommes fait mutuellement par contrat de mariage la jouissance pleine et entière de ma maison d’habitation, de mes meubles, mobilier, argenterie, linge de toute nature, vestiaire de neuf voiture et généralement de tout ce que la loi comprend dans les meubles mobilier, mon argent comptant et mes créances que je lègue à mon héritier bas nommé“.

A son décès, il donnera une pension de 400 francs à son frère Thomas Laurent. Il lègue à chacun des autres frères et sœurs 300 francs. Il institue “pour mon héritier général et universel Monsieur Jean-François de Broqueville mon frère aîné et le prie de faire dire 50 messe basse à mon intention et celle de mes parents dans le cours de la première année de mon décès. Tel sont mes intentions ce 25 janvier 1838.” (2)

Testament du 15 août 1842

Le testament suivant daté du 15 août 1842 ne change pas grand chose si ce n’est qu’il ne lègue plus 300 francs à chacun de ses frères et sœurs encore vivants. ce testament est écrit au château d’Esparbès alors que celui de 1838 est écrit dans sa maison de Monfort. La date d’achat su château d’Esparbès se précise. Cela se passe donc entre 1838 et 1842.

Testament du 9 décembre 1856

Le testament du 9 décembre 1856 confirme que son héritier universel est son frère aîné Jean-François et son fils Louis de Broqueville s’il le premier venait à décédé entre-temps. Toutefois, il met une condition pour son neveu Louis : “pour la conservation de ma succession, je mets pour condition que s’il se marie et qu’il n’ai point d’enfants nés de légitime mariage, à l’âge de 40 ans, j’institue mon héritier général et universel monsieur Stanislas de Broqueville fils de mon frère Charles dont il ne jouira qu’après la mort de son cousin Louis de Broqueville.

En outre il lègue des pensions à ses neveux Dupuy qui sont déjà orphelins de père (Hughes 1780-1836) et de mère (marie Louise Joséphine de Broqueville 1788-1830). Louis Marie écrit ceci : “Je lègue à monsieur Ernest Dupuy, sergent des voltigeurs au 84e régiment de Ligne en garnison à Nantes la somme de 8000 francs, Je lègue à Monsieur Dosité Dupuy aussi mon neveu une pension viagère de cent francs. Je lègue à Monsieur Frédéric Dupuy une pension de 50 francs sa vie durant, comme Ernest Dupuy ne pourra recevoir mon legs qu’après le décès de Dame Basilide d’Aspe mon épouse à laquelle il lègue la jouissance de tous mes biens présents et avenir.”

Il est intéressant de noter qu’il avait le sens de la justice envers les femmes. Louis signale qu’il lègue 100 francs a chacun des domestiques mâles à son service au moment de sa mort et 150 francs au domestiques femelles ! Il est une habitude à l’époque de faire l’inverse.

Testament du 30 juin 1857

Il ne change rien à la jouissance de tous ses biens qu’il donne à sa femme Basilide d’Aspe. Il ajouté : “Je lègue à Jean-François, mon frère aîné une pension de 700 francs par ans payables de trois en trois mois laquelle sera réversible après le décès de mon dit-frère à son fils Louis de Broqueville et la pension sera payée par les soins de Dame Basilide d’Aspe, mon épouse, et et après le décès de celle-ci la pension passera de 700 à 1500 francs que mon héritier

Pour éviter toute équivoque envers ses frères et soeurs, Louis Marie ajoute un codicille en dessous de ce testament : “Je désire que mon frère Charles et ma sieur Agnès comprennent que s’ils n’avaient pas été dans une bonne position de fortune, je ne les aurais sûrement pas oublié.” Cette phrase est importante car elle fait taire les rumeurs de mésententes dans la fratrie.

Testament du 13 septembre 1862

Louis Marie donne plus de précision sur les legs. Basilide d’Aspe a la pleine jouissance de tout ses biens mais fait de Jean-François son héritier universel et à défaut son fils Louis : “Je donne et lègue à monsieur Jean-François de Broqueville, mon frère ainsi le château d’Esparbès avec tout ce qu’il renferme ainsi que le labourage qui en dépend ainsi que tous les biens que j’ai acquis depuis mon retour de services“. Il a terminé son service en 1841.

Il ajoute ceci comme cela nous pouvons voir d’où provient la fameuse métairie d’Endardé : “Moins toute fois la prairie que j’ai acquise à Jean Lafitte, que je laisse à la métairie d’Endardé de mon frère Jean-François de Broqueville devant faire un leg qu’après le décès de mon épouse mais en attendant je charge mon épouse de lui donner une pension de 800 francs payable de trois en trois mois d’avance. Cette pension de 800 francs ?? à monsieur Louis de Broqueville fils de son père Jean-François de Broqueville s’il venait à décédé avant mon épouse. Cette pension annuelle et est ainsi faite à titre de pension alimentaire sera insaisissable sur leurs têtes.

Je donne et je lègue à Monsieur le baron Stanislas de Broqueville, mon neveu résident en Belgique fils de mon frère Charles de Broqueville ma métairie d’Endardé avec tout ce qui dépend en principal champ de réserve, la nouvelle vigne que j’y ait fait planter et la prairie que j’ai acquis de Jean Lafitte dont il ne pourra jouir qu’après le décès de mon épouse si mon frère Charles et ma sœur Agnès de Broqueville survivait à mon épouse, je veux qu’il jouissent de la dite métairie d’Endardé leur vie durant.

Louis lègue une bague de 300 francs à monsieur Alexandre d’Aignan, ancien ami, compagnon d’arme et parent. Monsieur d’Aignan est un parent ! Voilà une nouveauté. Est-ce une parenté de Basilide d’Aspe ou vraiment du coté Broqueville ? C’est la première fois que je vois apparaître ce nom dans la parentèle Broqueville.

La clé dans les mains du prêtre

Le 9 janvier 1864, Louis Marie de Broqueville, Officier de la Légion d’Honneur, chef d’Escadron de gendarmerie, meurt au château d’Esparbès. Il a mené 79 années d’une vie bien remplie dont 38 ans au service de la France.

Le 15 janvier de la même année, maître Louis du Villard, juge de Paix du canton de Mauvezin s’en vint au Château d’Esparbès pour y apposer les scellées. Juste avant cela “à la requête de M. louis de Broqueville , rentier, demeurant à Mauvezin, neveu propre du décédé, agissant tant pour la conservation de ses droits que pour ceux d’autres cohéritiers non présente, procédé à la perquisition du testament du défunt, (…) après s’être procuré les clefs du secrétaire déposé entre les mains de maître Laurentie, curé de Monfort, qui lui en fit la remise en présence des parents intéressés qui étaient sur les lieux, il avait ouvert le secrétaire placé dans la chambre du défunt et y avait trouvé un papier plié et non cacheté sur lequel était écrit ces mots : “Ceci est mon testament qui sera remis le jour même de mon décès à Monsieur Dossat notaire de Monfort ou à son successeur, signé Louis Marie de Broqueville”.

Il avait ouvert ce papier lequel renfermait réellement un un testament signé par M. de Broqueville, qu’en continuant l’examen de tous les papiers il avait trouvé quatre autres testaments ou codicilles antérieur qu’il avait eu le soin de renfermer, le premier dans une enveloppe paraphée par lui. Son greffier, les messieurs et les dames de Broqueville ; et ce dernier et les quatre trouvés en dernier lieu, dans une enveloppe générale qu’il avait comme la première scellé de son sceau et paraphée et qu’il avait également fait parapher par son greffier et les messieurs dames de Broqueville assistant à l’apposition des scellées. qu’après donc avoir rempli ces formalité il avait pris sous sa responsabilité les dits paquets renfermant les 5 testaments énoncés et nous le présente intact tel qu’il a été scellé par lui, nous invitant à procédé à l’ouverture et la description des dits testaments et vouloir ensuite en ordonner le dépôt dans les minutes de tel notaire qu’il nous plaira désigner.

Le juge s’applique à décrire en une dizaine de page le nombre de lignes, de paragraphe pour chacun des testaments. Cette partie du texte est inintéressante. Il décide de mettre dans les mains du notaire Dossat le dossier ainsi retrouvé dans les archives départementales. (2) La seule information digne d’intérêt sont les noms des personnes présentes au tribunal : Louis fils de Jean-François (1780-1873), Basilide d’Aspe, Agnès (1799-1880) et Charles de Broqueville (1785-1871). Ce sont les derniers descendants de Jean Joseph Bernard de Broqueville (1755-1834) et Ursule de Lherm de Larcène (1752-1817). Le château d’Esparbès ira d’office à Louis (1829-1895) qui deviendra le dernier Broqueville français.

Géry de Broqueville

(1) Grâce à ces annuaires, j’ai pu retrouver le parcours militaire de Louis Marie, de Charles-Hubert, mon ancêtre direct et celui de François Charles Placide Isidore de Broqueville. Ces trois frères sont tous engagés dans les légions de la gendarmerie française.

(2) Notaire Louis Dossat côte 3E17724 aux AD32 (25571-25599). Testament de 1838 – de 1842 – de 1856 – de 1857 – de 1862.